En éducation canine, la théorie de la dominance est la plus répandue. Elle consiste à penser que le maître doit marquer sa position de dominant afin que son chien reconnaisse sa place de dominé dans la famille. Certains spécialistes remettent pourtant cette théorie en question. Une nouvelle façon de concevoir notre relation avec notre fidèle compagnon serait-elle possible ?

Chaque propriétaire de chien est confronté à l’éducation de son animal, d’une manière ou d’une autre. Il n’est pas rare d’être amené à demander des conseils, voire même l’aide d’un professionnel. Essayons d’éclaircir ces indications et de mieux comprendre leurs fondements, pour choisir en toute conscience le meilleur pour nous et notre compagnon.

La grande majorité de ce que nous pouvons lire et entendre sur l’éducation canine défend une éducation autoritaire, se basant sur le principe qu’un chien est avant tout un animal de meute. Ainsi, si nous ne marquons pas notre place en temps que dominant, le chien risque fort de nous rendre la vie impossible. De multiples comportements sont à mettre en place pour faire comprendre à notre chien que c’est nous qui commandons. Par exemple :

  • le chien ne doit pas franchir une porte avant nous
  • le chien ne doit pas tirer sur sa laisse
  •  il ne doit pas manger avant nous
  • ou encore, en montant sur un canapé… se trouver à la même hauteur que nous.

méthode traditionnelle depaséNous connaissons tous plus ou moins les bases de l’éducation canine : établir un cadre structuré, pour obtenir un chien obéissant. Mais cette méthode est souvent frustrante, pour le maître comme pour le chien, chacun aspirant à plus de proximité, de jeu et de plaisir dans la relation.

De plus, cette forme d’éducation a ses limites, notamment en ce qui concerne les chiens particulièrement anxieux, ou hyperactifs. En effet les chiens très vifs sont le plus souvent des chiens hypersensibles ; ils ont besoin d’une autre approche avec leur maître, notamment davantage de proximité et d’écoute.

A la découverte des méthodes positives

J’ai appliquée la théorie de la dominance durant plusieurs années, mais sans avoir jamais réussi à m’y sentir vraiment à l’aise. Je me suis alors tournée vers des livres d’éducation basée sur des méthodes plus positives. Le premier que j’ai eu entre les mains fut le livre du docteur Ian Dunbar «  Comment apprendre de vieux tours à un nouveau chien ».

Concernant l’apprentissage de la marche en laisse, j’ai été surprise de découvrir un petit paragraphe intitulé : «  tirer à l’ordre ». En effet, l’auteur indique qu’il est tout à fait possible de donner l’ordre à son chien de tirer « sur commande », par exemple pour une montée.

Une telle pratique va à l’encontre de la théorie de la dominance, qui condamne un tel comportement. Pourtant ici, le jeu et le plaisir du maître comme du chien sont mis en avant. Ce sont deux dimensions absentes dans la théorie de la dominance.

Méthodes positives : balle en caoutchouc (jeu), récompense (plaisir), clicker (éducation), et brosse (massage).
Méthodes positives : balle en caoutchouc (jeu), récompense (plaisir), clicker (éducation), et brosse (massage).

J’ai eu alors envie d’aller plus loin dans l’exploration des méthodes positives. C’est ainsi que j’ai découvert le clicker-training, initialement utilisé pour les chevaux.

Il s’agit de stimuler le chien par un click, petit bruit qui lui indique que son comportement est apprécié. Celui-ci doit être suivi d’une friandise, créant ainsi un réflexe conditionné chez l’animal, qui associe le click au plaisir.

Avec cette méthode, il est très facile de faire comprendre à son chien ce que l’on souhaite, tout en instaurant un climat de jeu, et donc sans effort pour l’animal comme pour son maître. Par la suite j’ai découvert la méthode tellington touch créée par Linda Tellington-Jones.

Il s’agit de massages qui instaurent une relation de confiance et soigne les problèmes de comportement et de santé. Ces massages sont très efficaces pour les chiens anxieux, qui sont tellement stressés qu’ils n’ont plus conscience de leur corps. Ce sont d’ailleurs des chiens qui se blessent fréquemment. Les massages apaisent ces chiens manquant d’assurance, qui retrouvent, grâce au massage, la conscience de leur corps.

Vers une nouvelle approche de la relation maître / chien

Vers une nouvelle approche de la relation maître chienLa pratique de ces différentes méthodes positives m’a progressivement fait remettre en cause la théorie de la dominance.

En effet, dans les méthodes décrites précédemment, le chien est l’égal de l’homme, il n’y est pas soumis, et cela contribue à un bien-être évident, tant pour le chien que pour le maître.

Cependant, il est certain que, comme les enfants, les chiens ont besoin de structures, de limites et de règles. Mais il ne doit pas s’agir là d’une volonté de dominance, mais tout simplement de la mise en place d’une structure indispensable pour obtenir un chien équilibré et heureux. On guide l’animal plutôt que de lui imposer des règles de soumission.

En effet : « Les observations de David Mech (1999, 2001) concluent que la meute est gérée comme une « famille » avec des figures parentales adultes qui servent de guides. Ces « parents » n’utilisent pas de violences physiques. (S’il existe des « combats », ils ne sont présents que pendant la période de reproduction). » ( F.Martin)

Je pense donc qu’une bonne éducation doit être souple, s’adaptant à la situation et aux besoins de chacun. Appliquer les mêmes règles pour tous les chiens serait une erreur. Chaque chien étant unique par son passé et sa sensibilité.

La théorie de la dominance est peut être tout simplement une déformation humaine qui ne conçoit pas l’obéissance sans une forme de pouvoir. Pourtant, c’est possible. Mais le chemin est long, et demande patience – temps – et ouverture d’esprit. Une bonne éducation doit à la fois prendre en compte la psychologie humaine et canine, afin que chacune soit respectée dans son intégralité.

La théorie de la dominance n’est pas mauvaise en elle-même. En effet elle prône une discipline et une autorité indispensable à la construction psychologique du chien. Mais elle est peut être un peu excessive, comme beaucoup de théories se basant sur des faits scientifiques. Ainsi, elle peut vite devenir contre-productive, si elle est appliquée à la lettre, sans réflexion et conscientisation de la part du maître.

Ma démonstration en vidéo de l’éducation positive basée sur le jeu :

Crédit photos : Cabinet vétérinaire Divonne Ferney, hoinaworld, S. Hoko