Une flamme rousse qui fuse à travers les landes : le Setter Irlandais ne passe jamais inaperçu. Derrière sa robe rouge châtaigne et ses allures d’aristocrate se cachent un athlète infatigable au cœur de chiot, forgé pour couvrir les tourbières d’Irlande au galop, et un compagnon d’une tendresse désarmante qui voit en chaque inconnu un ami. Avant de craquer pour ce chien d’arrêt au tempérament de feu, l’essentiel à connaître :
- Son histoire, des landes irlandaises aux field-trials américains.
- Son physique racé et sa fameuse robe rouge.
- Son caractère solaire et ses aptitudes de chasseur de gibier à plumes.
- Ses besoins d’exercice quotidien, son entretien et sa santé.
- Son prix et les repères pour bien choisir son chiot.
Vous voilà prêt à découvrir l’un des chiens d’arrêt les plus attachants qui soient.
L’histoire du Setter Irlandais
Des épagneuls capables de figer le gibier courent les landes et les tourbières d’Irlande depuis le XVIIIe siècle : le Setter Irlandais descend de cette souche. Face à la bécasse et à la bécassine, seuls les chiens rapides, endurants et à l’odorat sûr traversent les générations. Dès 1800, la race arbore son look actuel.
Son nom raconte sa façon de chasser : avant les armes à feu, le chien se couche sur le ventre, « set » en anglais, pour bloquer l’oiseau le temps que le chasseur lance son filet. La race naît de croisements entre le Setter Irlandais Rouge et Blanc, son aîné, le Setter Anglais, le Setter Gordon, des épagneuls et des pointers. En 1882, l’Irish Red Setter Club voit le jour à Dublin ; en 1886, il publie le premier standard, un barème noté sur 100 points qui consacre la robe rouge châtaigne.
La fin du XIXe siècle le transforme en star des expositions, au détriment de ses instincts de chasse. Des passionnés sauvent le chien de travail dans les années 1950, avant que le chien du président Nixon et le film Big Red ne le rendent célèbre dans le monde entier.
Son physique et sa taille
Racé, athlétique, distingué : le Setter Irlandais allie puissance et légèreté. Le mâle mesure 58 à 67 cm au garrot pour 27 à 32 kg, la femelle 55 à 62 cm pour 24 à 27 kg ; le standard ne fixe d’ailleurs aucun poids, ces fourchettes restent indicatives. Sa construction légère, sa poitrine profonde et son expression douce en font un chien d’arrêt immédiatement reconnaissable.
- Corps : athlétique et sans lourdeur, poitrine profonde, rein musclé et légèrement voussé.
- Tête : longue et sèche, stop bien marqué, truffe acajou foncé, noyer ou noire.
- Yeux : en amande, noisette ou marron foncé, regard amical et curieux.
- Oreilles : fines, attachées bas, pendant contre la tête, de typiques oreilles tombantes ornées de franges soyeuses.
- Queue : attachée plutôt bas, effilée en pointe fine, portée au niveau du dos.
- Robe : poil long, plat et soyeux sur le corps, longues franges aux oreilles, au ventre, à l’arrière des cuisses et à la queue.

La couleur fait l’identité de la race : un rouge châtaigne vif, sans la moindre trace de noir, parfois relevé de petites marques blanches au poitrail ou au front. Quant à son aîné, le Setter Irlandais Rouge et Blanc, il mène sa propre carrière : la FCI le reconnaît comme une race à part entière (standard n°330), plus rare et tout aussi prisée des chasseurs.
Comportement et caractère du Setter Irlandais
Vif, espiègle, extraverti : le Setter Irlandais possède un tempérament solaire qui séduit d’emblée. Extrêmement affectueux, il considère chaque humain ou animal croisé comme un ami potentiel. Un détail compte : sa maturation est lente, et il garde son âme de chiot pendant plusieurs années : une énergie de feu qui lui vaut le surnom de « diable rouge ».
En famille, c’est un compagnon joyeux et fidèle, partenaire de jeux infatigable pour les enfants actifs. Les tout-petits, eux, se font bousculer par son exubérance. Sociable au possible, il s’entend avec les autres chiens et cohabite sans mal avec le chat de la maison. Côté garde, passez votre chemin : un inconnu franchit la porte, il l’accueille la queue remuante. Son attachement aux siens reste réel, et il sait se placer entre sa famille et un danger véritable.
Dehors, c’est une fusée ; dedans, si les règles sont posées tôt, il s’écroule volontiers à vos pieds pour la soirée. Le fameux « bouton OFF » existe bel et bien à condition de l’avoir installé dès le plus jeune âge.

Aptitudes à la chasse : un spécialiste du gibier à plumes
Le Setter Irlandais est un chien d’arrêt né, taillé pour le gibier à plumes. Son odorat remarquable travaille tête haute : il couvre le terrain d’une quête rapide, au galop, avec une grâce qui laisse rêveur. Devant l’oiseau, il se fige dans un arrêt net, héritage direct du « set » de ses ancêtres, puis rapporte avec une bouche délicate qui préserve le gibier.
Bécasse, bécassine, perdrix ou faisan : il s’adapte aux terrains difficiles et aux climats rudes, et un bon sujet rivalise en field-trial avec les meilleurs Pointers et Setters Anglais. Intelligent et désireux de faire plaisir, il reste indépendant et distrait : son dressage exige patience, méthodes positives et exercices variés. Le dummy-training fait des merveilles pour canaliser son instinct.
Conditions de vie
Chien de chasse dans l’âme, chien de compagnie dans le cœur : le Setter Irlandais réclame un cadre de vie précis, à connaître avant toute adoption.
Habitat idéal
La campagne lui va comme un gant : une maison avec un grand jardin solidement clôturé, une famille présente, la nature à portée de truffe. Il vit à l’intérieur, au contact des siens ; son poil fin et sa soif de lien bannissent la vie au fond d’une cour. Surveillez les clôtures : s’il flaire une piste, son instinct de chasseur prend les commandes et l’aventure l’appelle.
Adaptabilité
La vie en appartement lui pèse, sauf si vous compensez par de longues sorties sportives chaque jour. Son vrai talon d’Achille reste la solitude : laissé seul de longues heures, il aboie, détruit, déprime. Pour les maîtres qui travaillent, la garderie canine ou un pet-sitter change tout.
L’éducation du Setter Irlandais
Intelligent et volontaire, le Setter Irlandais apprend vite mais il s’ennuie encore plus vite. Son éducation repose sur trois piliers : la méthode positive, la cohérence et la variété. Les séances courtes et ludiques donnent de bien meilleurs résultats que les répétitions interminables, qu’il boude avec talent.
La socialisation précoce forge son équilibre : chiens, humains, bruits, environnements, tout lui est bon à découvrir avant ses six mois. Priorité absolue : le rappel. Un chien d’arrêt lancé sur une piste fait la sourde oreille si ce réflexe n’est pas ancré dès le départ. Cadre ferme, main douce : votre adolescent roux teste les limites, et votre patience fait le reste.

Entretien et besoins quotidiens
Beau, sportif, couvert de franges : le Setter Irlandais demande un entretien régulier, sans se muer en chien de salon.
Toilettage et soins
Son poil long et soyeux exige un brossage quotidien, surtout au niveau des franges (oreilles, ventre, cuisses, queue) où les nœuds se forment vite. La mue s’intensifie au printemps et en automne. Un bain tous les un à deux mois suffit. Ses oreilles tombantes, mal ventilées, réclament une inspection et un nettoyage hebdomadaires pour prévenir les infections. Ajoutez un brossage de dents régulier et une coupe de griffes mensuelle.
Alimentation adaptée
Grand sportif, grand appétit : misez sur une alimentation de qualité formulée pour les chiens actifs, fractionnée en deux repas quotidiens pour éloigner le risque de torsion d’estomac, et aucune séance de sport dans l’heure qui précède ou suit la gamelle. Chez le chiot, écartez les rations trop riches en protéines et en calcium, qui favorisent les troubles de la croissance.
Exercice physique et mental
Voici le point qui conditionne tout le reste : le Setter Irlandais a besoin d’une à deux heures d’exercice soutenu chaque jour. Les promenades quotidiennes tranquilles ne comptent pas : il lui faut courir, fouler la nature, flairer. Randonnées de 8 km et plus, canicross, bikejoring, agility ou chasse : tout lui convient. Un Setter Irlandais qui se dépense trop peu invente ses propres occupations : destruction, fugues, aboiements. Son équilibre commence dans vos baskets.
Santé du Setter Irlandais
Douze à quinze ans d’espérance de vie : pour un chien de cette taille, le Setter Irlandais s’en sort avec les honneurs.
Prédispositions et points de vigilance
Quelques affections, surtout articulaires, oculaires et digestives, méritent votre attention.
- Dysplasie de la hanche et du coude : comme beaucoup de grands chiens, il peut développer cette malformation articulaire qui gêne ses déplacements en vieillissant. Choisir un chiot issu de parents radiographiés réduit fortement le risque.
- Dilatation-torsion d’estomac : classique des chiens à poitrine profonde, l’estomac se dilate puis se retourne, et chaque minute compte. Deux repas par jour et le calme autour de la gamelle restent les meilleurs réflexes.
- CLAD (déficit d’adhésion leucocytaire) : cette maladie immunitaire grave frappe les chiots ; un test ADN simple identifie les porteurs et les écarte de la reproduction.
- Atrophie progressive de la rétine : dégénérescence oculaire qui mène à la cécité, dépistée par le test génétique RCD1.
- Hypothyroïdie et épilepsie : deux affections qui se gèrent bien aujourd’hui avec un traitement adapté et un suivi régulier.
Soins préventifs et hygiène de vie
Visite vétérinaire annuelle, vaccins et vermifuges à jour, oreilles contrôlées chaque semaine, poids surveillé à chaque saison : la routine classique d’un grand sportif. Gardez-le à son poids de forme, ses articulations apprécient.
Choisir un Setter Irlandais
Séduit ? Deux vérifications s’imposent avant de réserver : la qualité de l’élevage et l’adéquation entre votre quotidien et cette boule d’énergie rousse.
Où trouver un Setter Irlandais ?
Le Setter Irlandais reste une race rare en France : entre 400 et 700 inscriptions au LOF chaque année (699 chiots en 2021, 630 en 2022), très loin des 9 400 naissances annuelles du Setter Anglais. Quelques élevages familiaux et spécialisés (Vosges, Alsace, Vienne, Moselle) font vivre la race, et la liste d’attente atteint couramment plusieurs mois.
Passez par le club de race ou la Société Centrale Canine, et exigez les tests des parents : CLAD, RCD1 et radios officielles des hanches. Vous cherchez un chasseur ? Visez les lignées de travail plutôt que les lignées d’exposition.
Est-ce la race qu’il vous faut ?
Le Setter Irlandais est un compagnon magnifique et dévoué, mais son énergie réclame un mode de vie à sa mesure. Un petit test pour vous décider :
- Vous consacrez 1h30 à 2h d’activité sportive quotidienne à votre chien.
- Vous vivez à la campagne ou disposez d’un grand jardin clôturé.
- Votre famille est active, avec des enfants qui aiment jouer dehors.
- Vous chassez le gibier à plumes ou rêvez d’un compagnon de randonnée infatigable.
- Vous êtes présent une bonne partie de la journée.
- Vous vous absentez huit heures par jour.
- Vous vivez en appartement sans accès régulier à la nature.
- Vous cherchez un chien calme et indépendant.
- L’idée de brosser des franges chaque jour vous rebute.
- Vous manquez de patience pour une éducation longue et ludique.
Prix et budget du Setter Irlandais
Côté budget, le Setter Irlandais reste raisonnable pour une race rare, à condition de passer par un éleveur sérieux.
Les lignées de champions (exposition ou field-trial) avec tests complets approchent les 1 500 €, un tarif qui reflète le travail de sélection des éleveurs responsables. Un prix nettement plus bas doit au contraire vous alerter : il cache souvent l’absence de dépistages. En refuge, l’adoption frôle l’exception : les rares chiens disponibles sont des adultes ou des seniors, pour environ 150 € de frais.



