Imaginez un chien qui se prend pour un lion et qui, contre toute attente, vous donne presque raison. Le Pékinois tient dans vos bras, mais il porte sa tête comme un souverain qui inspecte sa cour. Derrière sa crinière et sa démarche chaloupée se cache un compagnon vieux de plus de deux mille ans, façonné dans les palais des empereurs de Chine. Avant de craquer pour ce petit chien au regard sombre, voici ce que cette fiche détaille pour vous :
- Son histoire impériale, de la Chine des empereurs aux salons anglais.
- Son apparence de petit lion et ses caractéristiques physiques.
- Son caractère entier et sa personnalité de chien de palais.
- Ses besoins en éducation, soins, alimentation et santé.
- Son prix, son budget et où le trouver en France.
L’histoire du Pékinois
Le Pékinois compte parmi les races les plus anciennes au monde. Son histoire remonte à plus de 2 000 ans, au cœur de la Chine impériale. Pendant des siècles, ce chien de palais vit reclus auprès de la famille impériale, loin du peuple et des regards.
Sa création tient à une croyance. Dans la Chine bouddhiste, le lion incarne un symbole sacré, mais l’animal n’existe pas sur le territoire. Les moines le recréent alors en miniature : croisement après croisement, ils façonnent un petit lion de chair et de poils. On le surnomme encore aujourd’hui le chien lion, pour sa crinière et son allure majestueuse.
Ce chien devient un gardien sacré des temples et des palais, réservé à la seule famille impériale. Voler un Pékinois ou le sortir de l’enceinte conduit droit à la peine de mort. Les plus féroces voyagent même cachés dans les larges manches des empereurs, prêts à bondir sur un agresseur.
Le destin de la race bascule en 1860. Lors de la prise de Pékin, les troupes britanniques emmènent cinq de ces chiens en Angleterre. Le plus petit, baptisé Looty (« butin »), rejoint la reine Victoria. La race séduit aussitôt l’aristocratie, devient une mode, puis obtient sa reconnaissance par le Kennel Club britannique en 1898.
Son physique et sa taille
Le Pékinois affiche une silhouette unique : un corps trapu, court sur pattes, surmonté d’une tête massive et d’une crinière qui forme une collerette autour du cou. Quand vous le soulevez, vous mesurez d’un coup son ossature lourde, presque surprenante pour un chien de petite taille. C’est cette densité, ce corps solide, qui donne au mâle son équilibre si caractéristique.
- Corps : court et trapu, dessus horizontal, poitrine large et côtes bien cintrées ; les pattes avant courtes et lourdes le maintiennent bien droit.
- Tête : massive et forte, plus large que haute, avec un crâne plat entre les oreilles et un stop bien marqué ; le museau court reste large, avec des narines grandes et bien ouvertes.
- Yeux : grands sans excès, ronds, sombres et brillants, posés sur un visage plat qui leur donne toute leur expression.
- Oreilles : en forme de cœur, collées contre la tête, ornées de longues franges de poils.
- Queue : attachée haut, portée fermement et légèrement courbée sur le dos, garnie de franges abondantes.
- Robe : double poil long et droit ; toutes les couleurs sont admises, sauf l’albinos et le marron dit « foie ».

Le mâle dépasse rarement 5 kg, la femelle 5,4 kg, pour une taille généralement comprise entre 15 et 25 cm au garrot. Le standard FCI, lui, ne fixe aucune mesure : il raisonne en poids et exige une ossature lourde, un chien qui paraît petit mais pèse étonnamment lourd une fois soulevé. De cette stature compacte se dégage une vraie dignité : le Pékinois marche avec lenteur, balance les épaules et toise le monde avec l’aplomb d’un souverain.
Comportement et caractère du Pékinois
Le Pékinois cultive un paradoxe savoureux : une allure de peluche et un tempérament de souverain. Courageux, fier, sûr de lui, il ne doute jamais de son importance malgré sa petite taille. Avec sa famille, il se montre câlin et carrément comique ; face aux étrangers, il se ferme, observe et garde ses distances.
Ce chien choisit. Il jette son dévolu sur une personne et s’y attache de tout son cœur, mais il décide seul de ses amitiés : vous gagnez sa confiance avec le temps, jamais sur commande. Têtu, doté d’une volonté de fer, il sait ce qu’il veut et compte bien l’obtenir.
Côté garde, ne vous fiez pas au format. Dès qu’un détail inhabituel surgit, le Pékinois dresse les oreilles et lance un aboiement étonnamment puissant pour sa taille. Il prévient, alerte, joue les vigies, sans pour autant aboyer à tout-va.
Son exigence tient au calme. Il déteste l’agitation, le bruit et les lieux bondés : oubliez les fêtes et les marchés noirs de monde. Posé à la maison, il réclame surtout votre présence. Laissez-le seul trop longtemps et il s’éteint, gémit, tourne en rond, guette la porte.

Conditions de vie
Le Pékinois se moque du décor : ce qui compte pour lui, c’est vous. Appartement en ville ou maison à la campagne, il s’adapte à tout, à condition de vous savoir tout près. Deux paramètres orientent toutefois son confort réel : son habitat et sa faculté d’adaptation.
Habitat idéal
Ce petit chien s’épanouit en appartement, y compris en plein centre-ville. Il n’a aucun besoin de grands espaces et se contente d’un coin douillet où dormir. Un jardin clos lui plaît, sans pour autant être indispensable : il vit très bien sans.
Méfiez-vous des escaliers. Bas sur pattes et au dos sensible, le Pékinois peine à les monter et les descendre. Un logement de plain-pied lui convient mieux, ou alors prenez l’habitude de le porter.
Adaptabilité
Le foyer parfait du Pékinois ressemble à une personne seule, plutôt âgée, qui dispose de temps et de calme à lui consacrer. Il trouve aussi sa place dans une famille posée, avec des adultes ou des enfants plus grands qui savent respecter un chien et le laisser s’isoler quand l’envie le prend. Les très jeunes enfants, eux, conviennent mal à son tempérament : il supporte peu la brusquerie, et ne laissez jamais un petit enfant seul avec lui.
Ce chien fusionnel tolère mal la solitude. Au-delà de quelques heures sans personne, il développe vite de l’anxiété de séparation. Un foyer où quelqu’un reste présent la plupart du temps lui convient donc bien mieux.
L’éducation du Pékinois
Éduquer un Pékinois demande de la patience et un brin de ruse. Intelligent, il comprend vite ce que vous attendez de lui. Têtu, il se demande surtout pourquoi il vous obéirait. Tout l’enjeu de l’éducation consiste donc à le motiver, pas à le contraindre.
Le renforcement positif fonctionne à merveille. Récompensez-le avec une friandise ou un jouet, transformez chaque séance en jeu. Le clicker training donne d’excellents résultats et resserre le lien avec son maître. À l’inverse, l’entraînement répétitif et sans saveur l’ennuie aussitôt : rendez les exercices courts et amusants.
La socialisation se travaille tôt. Présentez à votre chiot un maximum de personnes, d’animaux et de situations dès ses premières semaines. Ce bain de découvertes le rend moins méfiant et calme ses aboiements face à la nouveauté. Apprenez-lui aussi à marcher en laisse sans tirer, à revenir au rappel et à partager ses affaires, car il garde volontiers ses jouets pour lui. Pour un premier chien, des cours collectifs pour chiots facilitent à la fois la socialisation et les premiers apprentissages.

Entretien et besoins quotidiens
Le Pékinois figure parmi les races les plus exigeantes en entretien. Son double pelage, ses plis de peau et ses gros yeux réclament un rituel quotidien que vous adoptez dès son arrivée. Voici les repères chiffrés avant de plonger dans le détail.
Toilettage et soins
Le pelage du Pékinois se brosse chaque jour, peigne et brosse en main, jusqu’à la peau. Sous le poil de surface long et un peu rude se cache un sous-poil dense où les nœuds se forment vite. Ciblez les zones à risque : la crinière, les coudes, l’arrière des oreilles et la poitrine. Un nœud négligé tire sur la peau et fait mal.
Le visage demande une attention particulière. Nettoyez ses yeux tous les jours avec un linge doux et humide pour effacer les traces de larmes, et séchez ses plis de peau après chaque passage humide pour éviter les infections. Contrôlez les oreilles pendantes chaque semaine, coupez les griffes une fois par mois et brossez-lui les dents quotidiennement. Un bain doux tous les deux mois suffit largement, sous peine de retirer les huiles protectrices de sa peau. Si l’entretien quotidien vous pèse, une coupe confort, le pelage taillé court, allège la routine sans rien retirer à son charme.
Alimentation adaptée
Le Pékinois mange peu. Petit et peu actif, il brûle peu d’énergie : une nourriture de qualité avec de la viande en premier ingrédient lui convient parfaitement. Servez deux repas par jour à un adulte, trois à un chiot, toujours aux mêmes heures, car ce chien aime la routine.
Surveillez son poids de près. Quelques grammes de trop pèsent lourd sur sa respiration déjà fragile. Limitez les friandises à moins de 10 % de ses calories et privilégiez celles riches en viande ou utiles à l’hygiène dentaire. Les oméga-3 (DHA, EPA) issus de l’huile de poisson soutiennent sa peau, son pelage, ses articulations et son cœur. Laissez toujours de l’eau fraîche à sa disposition.
Exercice physique et mental
Trente minutes de marche par jour, en deux courtes sorties, comblent ce chien très calme. Le Pékinois n’a rien d’un sportif : le jogging, la course et les longues randonnées l’épuisent et le mettent en danger. Il préfère explorer à son rythme, le nez au sol, au gré de promenades olfactives et de jeux de recherche.
La chaleur reste son ennemie. Promenez-le tôt le matin ou en soirée, quand l’air est plus frais, et gardez en tête que le sol reste brûlant à son niveau même si vous sentez la fraîcheur. Au moindre halètement appuyé ou signe de gêne respiratoire, faites une pause immédiate.
Santé du Pékinois
Le Pékinois affiche une espérance de vie de 12 à 14 ans, mais sa morphologie le fragilise. Son museau très court en fait une race brachycéphale, exposée à un éventail de problèmes que tout futur maître doit connaître avant l’adoption. Le standard FCI considère d’ailleurs tout signe de gêne respiratoire ou de difficulté à se déplacer comme inacceptable.
Prédispositions et points de vigilance
Ses points faibles touchent surtout la respiration, les yeux, le dos et la peau.
- Syndrome obstructif des voies respiratoires (BOAS) : le museau écrasé gêne le passage de l’air et provoque ronflements et essoufflements ; il complique aussi toute anesthésie. Le surpoids et la chaleur aggravent tout, et les cas lourds réclament parfois une chirurgie.
- Affections oculaires : ses yeux bombés sur un visage plat encaissent les chocs et se dessèchent ; ulcères de la cornée, œil sec, entropion ou atrophie de la rétine. Un œil rouge, larmoyant ou trouble impose une visite rapide chez le vétérinaire.
- Hernie discale : bas sur pattes et au dos allongé, le Pékinois peut voir un disque comprimer sa moelle épinière. La douleur le fige et modifie sa démarche ; ménager son dos et limiter les sauts réduit le risque.
- Luxation de la rotule : le genou sort de son logement, fait mal et déclenche de l’arthrite avec l’âge ; le chien court alors sur trois pattes. Selon la gravité, le vétérinaire propose compléments, médicaments ou opération.
- Dermatite des plis et maladies dentaires : les replis du visage emprisonnent l’humidité et favorisent levures et bactéries, tandis que la petite mâchoire accumule vite plaque et tartre. Le nettoyage quotidien des plis et le brossage des dents écartent l’essentiel.
Soins préventifs et hygiène de vie
La prévention repose sur quelques réflexes simples. Maintenez un poids de forme pour soulager sa respiration, et tenez à jour vaccins, vermifuges et bilans vétérinaires ; un contrôle annuel chez l’adulte, plus rapproché chez le chien âgé. Couplé au rituel d’hygiène quotidien, ce suivi garde votre Pékinois en forme année après année.
Choisir un Pékinois
Adopter un Pékinois demande de la réflexion et un peu de patience. La race se fait rare en France, et son tempérament tranché ne convient pas à tous les foyers. Voici où chercher et comment savoir si ce chien vous correspond.
Où trouver un Pékinois
La Société Centrale Canine recense à peine 36 structures, surtout des élevages familiaux qui produisent une portée tous les deux ou trois ans. Ils se concentrent dans le sud et le centre-ouest. Avec en moyenne 83 chiots inscrits au LOF chaque année, les listes d’attente font partie du jeu.
L’adoption en refuge reste rare mais possible. Les SPA classiques en accueillent peu, les associations spécialisées rapatrient en revanche des Pékinois de l’étranger. Certaines proposent même un « panier de retraite » pour des chiens âgés abandonnés après le décès de leur maître, avec une prise en charge des frais médicaux jusqu’à la fin de vie.
Est-ce la race qu’il vous faut ?
Le Pékinois est un chien attachant et fier, mais sa singularité ne pardonne pas l’improvisation. Voici un petit test pour vous aider à décider :
- Vous passez la majeure partie de vos journées à la maison, en appartement ou en logement de plain-pied.
- Vous cherchez un compagnon calme qui se contente de 30 minutes de marche quotidienne.
- Vous acceptez de brosser son poil, de nettoyer ses yeux et ses plis chaque jour.
- Vous appréciez un chien à fort caractère qui choisit sa personne et s’y attache.
- Vous savez lui offrir le calme et la fraîcheur dont il a besoin.
- Vous courez, randonnez ou voulez un partenaire de sport.
- Vous avez de jeunes enfants turbulents à la maison.
- Vous vous absentez toute la journée pour le travail.
- Vous vivez dans une région très chaude sans coin frais à lui aménager.
- Vous attendez un chien obéissant au doigt et à l’œil sans effort d’éducation.
Prix et budget du Pékinois
Le Pékinois représente un investissement conséquent, à la hauteur de sa rareté. Tests de santé des parents, césariennes fréquentes liées à la grosse tête des chiots, petites portées de deux ou trois sujets : les coûts de production restent élevés, ce qui se répercute sur le prix d’achat.
Les femelles se négocient plus cher que les mâles, plus demandées pour la reproduction. Fuyez les annonces à très bas prix, sous les 800 €, souvent synonymes d’élevages douteux. Ces tarifs reflètent le travail d’éleveurs sérieux qui placent la santé de leurs chiots avant le rendement.
Le Pékinois ne ressemble à aucun autre chien. Fier, indépendant, profondément attaché à sa personne, il récompense d’une loyauté rare ceux qui acceptent son rythme et son rituel de soins. Si ce portrait vous parle, prenez le temps de visiter un éleveur sérieux ou de contacter une association spécialisée : votre futur petit lion vous y attend peut-être déjà.



